Si
les peuples amérindiens ont, pour la plupart, délaissé,
voire oublié, aujourd'hui, les rudiments de leur mode de
vie ancestral, il en est tout autrement de leur contrepartie
des hautes latitudes asiatiques. Coupés du monde occidental
pendant l'époque socialiste, les "Petits Peuples du Nord",
selon la formule alors en cours, ont continué à mener, en
Sibérie, un mode de vie proche de la nature, bien que géré
par le pouvoir soviétique alors en place. 
Après la difficile période de transition du post-communisme
(passage du collectivisme à la privatisation) est venue
se greffer celle de la crise économique russe et la démission
des autorités gouvernementales face aux problèmes autochtones.
Ces chocs successifs ne sont pas restés sans conséquence
pour les populations du Grand Nord. Certaines ont sombré
dans le désœuvrement et la misère, voyant leur toundra brûlée
par les industries pétrolières, gazières ou minières. Citons
pour exemple la péninsule de Yamal recelant deux fois plus
de réserves de gaz naturel que les Etats-Unis, ou la plus
grande mine de Nickel du monde de Norilsk. D'autres peuples
ont, au contraire, su s'organiser et s'adapter en s'efforçant
de retrouver leur mode de vie traditionnel afin de survivre
à tous ces bouleversements.
Qu'en
est-il exactement en ce début de troisième millénaire ?
Que sait-on précisément de la transhumance chez les Nenets,
du chamanisme des Nganassanes, de l'habitat traditionnel
des Dolganes, de la scolarisation des petits Evenks, de
la vie sociale des Tchouktches ou de la chasse au morse
chez le peuple Yuit ? Autant d'interrogations auxquelles
cette expédition apportera des éléments d'information.
Saami (Lapons)
Les Saami sont au nombre de 80 000 répartis entre Norvège,
Suède, Finlande et Russie. Ils appartiennent à une culture
de chasseurs et pêcheurs, anciens nomades du nord de l'Eurasie.
Ce n'est qu'au Xème siècle qu'ils entreprirent l'élevage du
renne. Seuls 13% d'entre eux vivent encore aujourd'hui de
cette activité traditionnelle. Leur langue appartient au groupe
finno-ougrien.
Lapons orientaux
Une population d'environ 1 600 individus est établie sur
la péninsule de Kola. L'élevage du renne, dans la région
de Mourmansk, est axé principalement sur la production de
viande.
PEUPLE NENETS
Origines
Les Nenets seraient originaires des Monts Saïan de la Sibérie de l'ouest. Au 1er siècle de notre ère ils seraient remontés vers le nord jusqu'à l'Océan Arctique, poussés par les peuples d'origine turque.
Ils ont été sous la domination russe dès le 15 ème siècle.
L'élevage du renne assurant leur seule subsistance, ils nomadisent sur un territoire de plus d'un million de km2 de toundra, soit 2 fois la superficie de la France. On compte aujourd'hui près de 35 000 Nenets dont 7 000 sont éleveurs de rennes.
Après la révolution de 1917, les Russes ont obligé les Nenets à travailler pour les kolkhozes (les fermes collectives d'état). Très peu d'entre eux ont échappé à cette sédentarisation.
Aujourd'hui avec la chute de l'ancien régime, les éleveurs ont le choix. Certains sont salariés et travaillent toujours pour un kolkhoze. Le troupeau ne leur appartient pas et ils ont une maison au village. Mais il y a ceux qui ont fait le choix de vivre en toundra. Ils sont libres et possèdent leur propre troupeau. Ils vivent souvent en communauté composée d'une dizaine de brigades (terme hérité de l'époque soviétique). Chaque brigade comprend 5 à 6 tentes abritant 15 à 20 personnes, souvent d'une même famille, 80 traîneaux, un troupeau de 2 000 rennes, une quinzaine de chiens de berger utilisés pour rassembler les bêtes.
Nomadisme
Chaque brigade déplace son troupeau le long d'un couloir de migration selon un itinéraire de 500 km entre la forêt du sud et la toundra du nord.
Les déplacements sont rythmés par les saisons. En été les rennes sont protégés des moustiques et de la chaleur dans les vastes étendues de la toundra du nord. L'hiver est rude. Il n'est pas rare que le thermomètre atteigne -40°C. C'est pourquoi avec l'arrivée de l'automne, les éleveurs quittent la toundra et descendent vers le sud où il pourront trouver du bois, mais aussi se rapprocher de localités pour la scolarisation des enfants et faire de nouvelles réserves de provisions. Arrivant près du village, on abat une partie des bêtes pour la vente de la viande. Ainsi on pourra acheter le nécessaire : vivres, vêtements, toile pour les tentes, essence, quelques médicaments etc… Mais bientôt la marche vers le sud continue. Quelques brigades seulement préfèrent rester à la limite de la forêt, les autres installent leurs campements dans la taïga de fin décembre, jusqu'à début avril environ. Le printemps est la période la plus difficile. Les Nenets reprennent leur marche vers le nord avec des traîneaux chargés de 6 mois de vivres et parfois du bois de chauffage. Il faut avancer vite afin que les femelles arrivent à temps sur leur lieux de leur mise bas habituelle. Les déplacements, été comme hiver, pour le matériel comme pour les hommes, s'effectue en traîneau attelés de 2 à 4 rennes. Lors des déplacements du campement ou des grandes migrations, les traîneaux sont attachés les uns aux autres en file indienne, des trains constitués de plus de dix traîneaux.
Quotidien
Chaque matin, et à tour de rôle, deux pasteurs partent très tôt en traîneau; l'un au grand troupeau de deux mille têtes pour orienter sa marche; l'autre ramène au campement le petit troupeau constitué d'environ 300 mâles castrés et de quelques femelles. Les bêtes sont rassemblées dans un corral rudimentaire fermé par une corde maintenue par les femmes. Les hommes se retrouvent au centre du corral et, en présence du brigadier (le chef de la brigade), décident du programme de la journée ou des jours à venir en se répartissant les tâches: couper du bois en forêt, se rendre dans les brigades voisines pour récupérer les bêtes égarées, se rendre au village pour différentes affaires, déplacer le campement, partir au grand troupeau pour capturer au lasso de nouvelles bêtes qui seront initiées au traîneau…
Chaque éleveur choisit ensuite dans le corral ses rennes qui seront attelés au traîneau pour le travail du jour. Les autres bêtes sont libérées ensuite et il est l'heure d'un bon déjeuner de viande de renne avant d'exécuter le programme. Le travail s'effectue donc le plus souvent dans la pénombre durant la nuit polaire, de novembre à janvier. Tous les deux à trois jours, le campement est déplacé afin d'offrir de nouveaux pâturages aux bêtes qui se nourrissent de lichen, baies et champignons sur de vastes étendues. L'homme est donc assez rarement sous sa tente. Les femmes et personnes âgées sont occupées au foyer à préparer les repas, s'occuper des enfants, apprêter les peaux, confectionner de nouveaux vêtements, tout en se chargeant des corvées d'eau et de bois. Rares sont donc les moments de loisir pour les femmes. Ce n'est que tard dans la nuit qu'elles peuvent se détendre en lisant les quelques journaux rapportés du village.
Nourriture
La base de l'alimentation est bien-sûr la viande de renne. On la mange crue, gelée, bouillie, parfois grillée. Le foie, le cœur, la langue, les rognons sont les morceaux de choix.
A part la viande, les Nenets ont toujours des produits de première nécessité qu'ils achètent au village : sucre, sel, beurre, pâtes…Selon les saisons on savoure aussi baies, champignons, poisson, caviar, œufs d'oies…
Et si certains aliments manquent, la viande quant à elle est toujours là.
Habitation
L'habitation traditionnelle des Nenets est la tchoum : une tente conique en peau de renne à l'image du tipi amérindiens. Mais on utilise beaucoup de nos jours des tentes armature préfabriquées surmontée d'une toile. Le sol est recouvert d'un plancher et de peaux de renne. On éclaire l'intérieur avec une lampe à pétrole.
Habits
En hiver, hommes, femmes et enfants sont habillés d'une longue tunique en peau de renne avec mitaines et capuchon intégré appelée "malitsa". Belle, chaude et très pratique, elle protège parfaitement du froid et du vent. Chaque éleveur possède deux ou trois paires de "toboguis", longues cuissardes en peau de renne.
Education
Les enfants jusqu'à l'âge de 7 ans nomadisent avec leurs parents. Ensuite ils sont scolarisés en internat au village. Fin mai, ils retournent au campement pour leurs vacances d'été. La séparation entre parents et enfants est donc longue et ces derniers ressentent une rupture par rapport à la vie du campement.
Langue
Les Nenets ont leur propre langue. Pendant l'époque soviétique tous les Nenets ont été russifiés et une génération a oublié sa langue natale. Bien que la langue russe reste prépondérante, le Nenets est réapparu, on l'enseigne dans les écoles et les éleveurs l'utilisent de nouveau.
Problèmes
Du fait de la crise économique en Russie, les Nenets sont confrontés à plusieurs problèmes. N'ayant pas encore assimilé la notion de marché, la vente de la viande est devenue difficile du fait de la hausse des prix, et les commerçants coréens, américains ou chinois, intéressés par l'achat des "panty" (andouiller ou velours recouvrant les bois en hiver) se font rares. Il y a aussi parfois les disputes de pâturages entre brigades voisines, les couloirs de migration trop étroits, le manque de confort et de soins pour les enfants, l'abattage des bêtes par les braconniers. Restent les problèmes liés à l'alcoolisme et à l'exploitation non contrôlée du gaz et du pétrole sur le territoire ancestral des Nenets.
Les Nenets ont fait le choix de vivre en toundra par goût ou par nécessité. Certains ont changé leur mode de vie, il leur est impossible d'y retourner. Il y a également beaucoup de femmes et surtout les enfants qui ne désirent plus vivre dans la toundra. L'ami de Gilles, Aliosha, est quant à lui est optimiste : "Tant qu'il y aura des rennes, il y aura des Nenets pour les garder."
Nganassanes
Les Nganassanes sont en voie d'extinction ou d'assimilation
du fait de leur faible effectif (guère plus de 3 000). Ils
parlent une langue du groupe samoyède et pratiquent encore
le chamanisme.
Les Dolganes
Issus de clans Evenks, ils sont au nombre de 7 000 environ.
Ils parlent une langue du groupe turc s'apparentant au yakoute.
Ils pratiquent l'élevage du renne et logent dans des baloks,
cabanes de bois montées sur des patins.
Yakoutes
Les Yakoutes ont migré depuis les steppes du sud jusqu'à
l'actuelle république Sakha-Yakoutie. Ils sont pour la plupart
des éleveurs sédentaires de bétail. Au nombre de 380 000,
ils parlent une langue d'origine turque.
Les Evènes


Au nombre de 17 000, ils se répartissent sur un grand territoire
allant de la Yakoutie à la région de Magadan et au Kamtchatka.
Ils sont de type anthropologique baïkalien et parlent une
langue du groupe toungouze-mandchou de la branche altaïque.
Les Evenks
Ce sont, eux aussi, des éleveurs de rennes semi-nomades.
Ils montent et traient leurs animaux. On compte environ
29 000 individus.
Les Youkhaguirs
Nombreux avant l'arrivée des Russes au XVIIème siècle, les
Youkhaguirs ne sont plus aujourd'hui qu'un millier vivant
dans la toundra, entre les fleuves Indigirka et Kolyma. Ce
peuple de chasseurs est l'un des plus anciens de Sibérie.
Les Tchouktches
Ils résistèrent longtemps aux armées cosaques et furent
les derniers autochtones de Sibérie à se soumettre à la
loi russe.
Aujourd'hui au nombre de 15 000, ils pratiquent l'élevage
du renne et la chasse aux mammifères marins. Leur langue
appartient au groupe paléo-sibérien.
Les Yuit (Eskimos)
Les Yuit s'apparentent aux Inuit du continent américain.
Ils vivent de la pêche et de la chasse aux mammifères marins.
Ils sont aujourd'hui au nombre de 1 700 en Russie.